Emilia

J’avais besoin d’une photo, juste une pour illustrer le billet que je voulais écrire. Alors je me suis embarquée sur l’ordinateur, dans les méandres de « lightroom », ce logiciel qui avale toutes nos photos.
Et c’est toujours comme ça quand tu cherches quelque chose, évidemment tu ne le trouves pas. Mais rien de grave au fond, j’ai gardé sous mon doigt la petite flèche du clavier, celle qui fait défiler les milliers de photos que nous gardons presque secrètement. J’ai fait des OH ! des AH ! J’ai éclaté de rire, j’ai senti à nouveau l’odeur du frangipanier devant les photos du Sri Lanka et celle de bébé en redécouvrant Margot il y a presque 4 ans. J’ai vu une robe blanche qui me tient particulièrement à coeur, sur certaines j’ai trouvé maman fatiguée sur d’autres j’ai trouvé qu’on avait vieilli.

Et puis je suis tombée sur celle là …et j’ai réalisé que c’est la dernière photo de nous deux…j’ai souri…puis les larmes ont coulé aussitôt. Jamais je n’aurais imaginé qu’il y aurait une « dernière » photo de nous deux. Pas plus que je n’ai imaginé un jour qu’il y aurait une dernière fois à venir chez toi, une dernière fois à boire ton café, une dernière fois où tu me reconnaitrais, une dernière fois où tu m’embrasserais…

M’est revenu à l’esprit cet endroit sordide et moche où je voulais impérativement venir te voir.
Le 25 décembre, à 10h46 il m’a laissé ce message que je n’ai toujours pas effacé. Un message de quelques secondes qui me disait que tu étais décédée…le matin même…je n’avais pas entendu sa voix depuis des années.

J’ai fondu en larmes puis mon obsession a été de venir te voir…

Je ne sais pas si j’ai bien fait mais je sais que je l’aurais regretté si je ne l’avais pas fait.

Tu étais là ma mamie Italienne dans cette petite pièce sordide dans laquelle je n’ai jamais pu rentrer seule. Tu étais là et je n’ai pas pu t’embrasser, je n’ai pas pu te toucher, je t’ai à peine regardée en priant ce foutu dieu auquel je ne crois pas d’oublier vite cette image.
Je me suis arrêtée à des détails, cette sale couleur saumon dans ce lieu sans âme au bord d’une route à grande circulation. Je me suis arrêtée aux fleurs en plastique poussiéreuses qui trainaient dans des vases moches. J’aurais voulu hurler mais à presque 40 ans ça ne se fait pas. Hurler parce qu’ils n’avaient pas écrit ton prénom correctement sur l’horrible papier scotché à la porte de ta chambre qui n’en était pas une. Parce qu’ils n’ont pas été foutus non plus d’écrire correctement ton nom de jeune fille sur ce bout de bois qui allait te recouvrir.
J’aurais voulu hurler mon enfance qu’on était en train d’enterrer un peu avec toi. Ces années durant lesquelles on a passé tant de temps ensemble. J’ai encore ta voix, ton rire, je suis encore capable de donner par coeur chacune des petites marques sur ta peau…mais jusqu’à quand ?

Je ne peux pas me faire à l’idée qu’il ne reste de toi que des souvenirs. Je ne peux pas me faire à l’idée que tu ne me parleras plus de l’Italie, que je ne serai jamais plus réveillée par l’odeur des oignons en train de revenir dans la poêle alors que le jour se lève à peine. Je ne crois pas une seule seconde que tu ne seras plus là pour m’appeler « ma naine », pour me couvrir de couvertures et d’édredons qui réchauffent la peau et le coeur.

Depuis le début ce blog porte ton prénom et on m’a souvent demandé pourquoi sans que je l’explique vraiment. Parce que plus qu’une grand mère, plus qu’une mamie, tu as ancré en moi ces racines Italiennes qui me sont si chères. Tu m’as nourri d’un amour inconditionnel et je ne peux pas imaginer un seul morceau de ma vie sans avoir au moins à proximité ton prénom…écrit en Italien parce que c’est comme ça que tu t’appelles.

La vie est devant ma mamie et même si je m’arrache les tripes en réalisant que « mamie » fait partie des mots que je ne prononcerai plus jamais, il va falloir que je m’habitue…
De toi il me reste quelques images et des souvenirs à n’en plus finir, il me reste des choses qui n’appartiennent qu’à nous deux et ces larmes que tu n’aurais pas aimées voir couler.

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4 thoughts on “Emilia

  1. Je te lis, et je me revois il y a déjà cinq longues année.
    Je comprends ta tristesse j’ai la même dans mon cœur depuis cet ce jour d’octobre où ma mamie m’a quitté elle aussi.
    Je suis triste car elle n’a jamais pu rencontrer mon mari, ni assister à mon mariage. Heureusement, il me reste le souvenir de tous les beaux moments passés ensemble.
    La tristesse ne s’efface jamais malheureusement. Bon courage ❤

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