Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre…

« Un souffle, une ombre » paru chez Fleuve noir est le dernier roman de Christian Carayon.
J’ai eu l’occasion de le lire grâce à Babelio que je remercie ainsi que Fleuve noir.

J’ai été invitée au mois de Mars à la rencontre avec l’auteur dans les très agréables locaux de Babélio dans le 11ème. Je n’avais reçu le livre que la veille et c’était très intéressant d’entendre Christian Carayon en raconter la genèse. Parler de sa région, de la façon dont il avait abordé ce roman, des lieux renommés pour l’occasion voir même inventés et du temps qu’il a passé sur place pour donner vie à l’histoire.

Ce livre est surprenant ! Quatre adolescents vont camper un peu en marge de la fête annuelle de la base nautique des Crozes avec l’accord de leurs parents et ne reviennent pas.
Ils seront retrouvés le lendemain massacrés.

En soit, ce livre paraît être un polar…pourtant il n’en est (presque) rien.

Christian Carayon nous embarque en 1980 en plein Massif Central. La fête de fin d’été d’un club house huppé où les familles « chics », « catholiques » et choisies se regroupent entre elles comme chaque année. Durant la fête, quatre des ados décident d’aller camper sur un autre îlot.

Le récit est à la première personne et c’est glaçant. Une impression violente que quelqu’un vous propose de vous raconter une histoire au coin du feu mais ce qu’il va raconter est carrément « flippant ».
Tout est puissant, d’une violence assez inouïe. Christian Carayon maîtrise l’écriture et connait les lieux à la perfection c’est une évidence.

Les descriptions sont très précises, celles des lieux comme celles de la scène de crime. Les détails des familles, du contexte, tout nous pousse à constater très vite que ce livre ne sera pas une « simple » enquête policière.

D’ailleurs ce n’est pas une enquête policière puisque celle-ci est déjà résolue.

Jusqu’à ce que Marc-Edouard Peiresoles, Maître de Conférence en histoire contemporaine et enfant du pays prenne les choses en main. Sa vie a basculé, il n’est pas très heureux et il a besoin de comprendre cette histoire qui le poursuit depuis son enfance.

Le livre prend alors une tournure plus psychologique, j’irais presque jusqu’à dire que par moment j’ai pensé à une enquête sociologique. Etudier des comportements, chercher à comprendre pourquoi les uns et les autres ont été accusés pour de mauvaises raisons, comment la région et les familles en fonction de leur culture et de leur religion même ont réussi à vivre avec ce drame.

Ce livre est un genre à part qui m’a bien souvent déroutée, parce que je me suis souvent demandée où il voulait en venir, comment aller se terminer l’enquête. Au fond je pense qu’il ne faut pas le lire comme un simple polar mais lire entre les lignes l’écriture sacrément maîtrisée de Christian Carayon et comprendre que ce bouquin est bien plus que ce qu’on croit y découvrir.

Et quel bonheur que de pouvoir retrouver cette référence à cette si jolie fable de Jean de la Fontaine
« Le lièvre et les grenouilles » que je ne résiste pas à partager avec vous évidemment…

Un Lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
« Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M’empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu’en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi.  »
Ainsi raisonnait notre Lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s’enfuir devers sa tanière.
Il s’en alla passer sur le bord d’un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
« Oh! dit-il, j’en fais faire autant
Qu’on m’en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l’alarme au camp !
Et d’où me vient cette vaillance ?
Comment ? Des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n’est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi. « 

Merci beaucoup Babelio & Fleuve Noir ainsi que Christian Carayon pour cette agréable soirée.

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2 thoughts on “Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre…

  1. Ton commentaire donne vraiment envie de lire ce livre dont le début me faisait penser à Les morts de la Saint Jean de Henning Mankell. Je ne connaissais pas cet écrivain, voilà donc une bonne occasion de le découvrir. Je note !

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